Grand-maman Gisèle, c’était la mère de mon père. On la voyait que quelques fois par année. C’était une femme remarquable, plein de courage, une grand-mère comme on en rêve tous.
Le midi, quand on allait chez elle, c’était toujours le même rituel: On prennait une soupe-biscuit-soda-écrasés en sa compagnie et celle de notre grand-père, avec les pierres-à-feux en arrière-plan. On avait l’impression que notre grand-père n’avalait pas sa soupe, mais plutôt qu’il l’aspirait. Et que dire de la finale: quand il ne restait plus que du bouillon, il déposait sa cuillière et avalait le reste de la soupe comme on avale un grand verre d’eau. Après quoi, grand-maman Gisèle nous servait le repas principal, suivi du classique May West.
En après-midi, on jouait généralement aux cartes en leur compagnie. Les premières fois, c’était mes grand-parents qui prennaient soin de marquer le pointage. Au fil du temps, leur vision et l’agitié de leur doigts se sont détériorés. Ça fut donc à nous d’écrire les points.
Le soir, on s’installait dehors en avant, sur la gallerie. Ma grand-mère se balancait dans ce qui à de plus horrible et insécurisant comme chaise-berçante: on avait l’impression qu’elle pouvait tomber sur le dos à tout moment, ce qui nous forcer à la fixer constamment elle et sa meurtrière-potentielle. À chaque soir, on constatait que nos grands-parents connaissaient très bien le voisinage. À tout heure, des personnes du troisième âge(peut-être même du quatrième) venaient prendre des nouvelles de nos grand-parents:”Alors comment vont vos vieux jours ?”, et souvent ils venaient aussi livrer leur propres nouvelles:”Ginette, elle ne va pas bien, elle est à son second cancer, on pense qu’elle va bientôt y passer”, ou encore:”Lucien à des problèmes avec sa hanche, et son foie n’est plus ce qu’il était autre fois, on à peur pour lui.” Avec le temps, le voisinage c’est réduit, ces têtes blanches qui venaient visiter mes grands-parents se fesaient de moins en moins présents. Pour nous, cela était naturel:”Probablement que nos grands-parent se sont chicané avec leur amis.”
Pour revenir à grand-maman Gisèle, c’était une gentille femme, mais une gentille femme qui souffrait du diabète, et qui avait un bobo à l’orteil depuis quelques années déjà. La voyant peu, on a pu constater des changements rapide sur cette orteil et sur la jambe s’y rattachant. D’abord, on a appris qu’elle a du se faire amputer cet orteil. Après quoi, on a appris que cet amputation n’a pas empêché le bobo de progresser sur une partie du pied. Donc, à son tour ce bout de pied fut coupé. Finalement, comme explosion finale, on a appris qu’elle a du se faire amputer la jambe jusqu’au genou. Quand on la vit pour la première fois après son opéraiton, on a eu l’impression que cette femme n’avait vécu aucune expérience difficile: elle était aussi joyeuse qu’avant, il lui manquait uniquement une partie de sa jambe. Une partie qui fut vite remplacer par une prothèse, elle remarcha rapidement avec cette prothèse, comme si c’était réelement la partie de jambe qui lui manquait, quoique la montée de l’escalier était beaucoup plus pénible.
Et puis, un jour elle se coucha sur le dos, j’ignore si elle portait ou pas sa prothèse. Elle ferma les yeux pour un dernier voyage. Destination: grand-papa Jules, quelques part dans le ciel entre la grande-Ours et la petite-Ours, j’imagine.
Depuis, on n’a pas eu de nouvelle. J’imagine que le voyage fut agréable et qu’elle décida d’y rester plus longtemps que prévu.