Les pieds au sol, le cœur dans la solitude et les yeux au ciel, il fut une période de mon existence où j’espérais tant atteindre les plus hautes altitudes de la vie.
J’ignorais et je boudais alors les fleurs communes qui se trouvaient dans mon jardin. Je croyais que la beauté et l’amour se trouvaient loin de chez moi, au sommet d’une montagne, comme ces plantes guérissantes auxquels on fait souvent allusion dans les contes pour enfants : « Monter au sommet de cette montagne périlleuse, vous y trouverez une rose sans épine et pure. Une rose qui donnera sens à votre vie. »
C’est sur cette idée que j’ai entrepris l’ascension de ma propre montagne. Plus j’y avançais et plus que la vie et les fleurs se faisaient rares, et plus je croyais être proche de mon objectif.
Puisque cette montagne était imaginaire, c’était mon rôle d’y dessiner un sommet et d’y cueillir cette fleur tant convoitée…
Seulement, je n’ai réussi qu’a faire les choses à moitié. J’ai atteins le sommet, c’était le froid total, la mort et la mélancolie absolues. J’ai regardé en bas, j’ai eu le vestige. J’ai regardé en arrière, et j’ai eu la nausée : « Tant d’années se sont écoulées, j’ai entrepris une épreuve absurde. Les plus belles fleurs étaient au bas de cette montagne. Maintenant, elles n’y sont plus, on les a cueillis pendant mon ascension. »
Il me restait plus qu’une chose à faire : sauter du haut de cette montagne, me broyer les os contre le sol et attendre qu’on vienne me sauver de moi-même, de mes fracas.
« Ho! Mais qui êtes vous demoiselle? C’est vers moi que vous venez, que vous tendez vos mains? Ho! Magnifique! Aidez-moi à me relever de ma chute. Mais… mais, que faites-vous ? Pourquoi cette épine, que je n’ai pas vu… pourquoi cette épine dans mon cœur ? Vous qui aviez été ainsi blessé dans le passé, pourquoi me faire la même chose ? Non ne partez pas pas ainsi ! Je préfère me faire charcuter le cœur que rester seul. »
À nouveau seul, cette fois-ci dans mon jardin épineux. Là où je me questionne sur l’amour, car je n’y crois plus, car je ne veux plus y croire et y aspirer.
Et pourtant, et pourtant, je vois en rêve, derrière ce jardin d’épines, un autre monde. Mais pour l’instant, ce monde est vaporeux. Rien n’y a pris forme. J’y bats des bras, mais rien n’est tangible.
Ho! Maintenant que je suis debout sur ce sol réel, où se trouve ma porte de sortie? Probablement pas dans ce ciel pour lequel j’ai eu la prétention d’y trouver l’amour. Il me reste plus qu’à creuser profondément jusqu’à ce que je frappe un sol argileux. De cette argile, je sculpteras ma femme idéale, sans pouvoir y donner vie.
Je la regarderai avec mes yeux éteints en me disant : «
-pourquoi n’existes-tu que dans mes rêves de terre. Aussitôt ue j’essaie de te toucher, tout ton corps s’effondre entre mes doigts.
-Mon corps n’est fait que de ton ego fracassé. Ton monde est pur comme du verre, mais aussi fragile que lui. Un rien le brise, un rien te brise. Tu n’oses même pas souffler sur ton propre monde, ni même me toucher, car tu es convaincu que tout s’effondra comme un château de cartes. Alors, pleure sur ton monde. Que tes larmes donnent naissance à tes arbres mélancoliques. Que leurs feuilles noires te couvrent la tête, que leurs branches s’enlacent autour de toi pour te briser, toi l’homme fracassé.”