De l’aube jusqu’à la tombée du jour, il aire aux champs des mots pour y trouver de précieuses et brillantes idées. Agenouillé, rampant et s’irritant genoux et mains sur le sol, il creuse la terre pour y dénicher des vestiges du passé. Dans son bazar de la connaissance, il accumule idées, maximes et philosophies.
Le soir rendu, il expose ses connaissances, encor et toujours poussiéreuses, sur la place publique. Il annonce aux badauds : « Sur ces piédestaux argentés, vous pouvez observer tous les outils de la pensée que j’ai récolté au fil des ans. Et puis ici, vous pouvez voir quelques fragments philosophiques conservés dans des bulles de verre; ils sont si beaux, si brillants et si théoriques! » Un peu moins convaincant et convaincu, il rajoute : « Si vous avez le temps, vous pouvez venir regarder dans cette boîte de carton, elle contient les idées qui me sont venu de la vie elle-même, plutôt que de champs de mots.
Alors, une passante curieuse s’avance vers cette boîte défraîchie, en l’ouvrant elle découvre qu’elle (la boîte) était en fait vide. Elle demande alors au collectionneur : « Pourquoi collectionner ces outils de la connaissance, si ce n’est pour ne pas les utiliser, ni même en savoir leur fonctionnement? Pourquoi ramasser et conserver ces fragments philosophiques sous verres, plutôt que les exposer à l’air libre afin d’en voir les réactions chimiques que la vie portera sur celles-ci? »
Déstabilisé, nerveux et tremblant, le collectionneur agita ses mains en tout sens parmi ses milliers d’idées étendus sur sa table de présentation. Pendant cette manoeuvre, il cassa même l’une de ces plus belles bulles philosophiques. Un liquide noirâtre et nauséabond s’en écoula. Alors étourdi et perdu, il accrocha sa boîte défraîchie qui tomba sur le sol en même temps que lui. En vain, il ne trouve aucune idée pour pouvoir s’échapper de cet interrogatoire, et il resta étendu par terre le regard fixant le sol.
La passante lui dit alors : « Cessez de chercher le sens de la vie dans votre capharnaüm, mais vivez-la plutôt mon cher, vivez votre vie, bordèle! Car accumuler et entasser des connaissances sans les avoir misent à l’épreuve est vain. Les réflexions qu’on emprunte des autres, les connaissances qu’on cultive doivent être utiles à notre vie. Sans quoi, on ne devient qu’un simple collectionneur, un simple amateur de la vie et des idées des autres, et toutes ces idées deviennent comme un lourd fardeau, comme illusions et pauvres vanités. »
Quand le collectionneur osa remonter les yeux vers cette passante, elle été déjà reparti dans la foule. Elle qui lui semblait alors si particulière, si révélatrice n’était plus qu’un sombre point avançant au rythme de la foule, comme si elle suivait la musique de la nuit.
En se relevant avec sa boîte dans les mains, le collectionneur remarqua que celle-ci était plus lourde qu’autrefois. Que se cache-t-il à l’intérieur de celle-ci ? Qu’est-ce que la vie lui a donc apportée aujourd’hui ?
Allons! Laissons donc ce collectionneur regarder cette boîte en toute discrétion, car on sait déjà très bien le contenu de celle-ci.
… Vivez votre vie, -bordel- (sans e) quel affreux terme, pourquoi ne pas le remplacer par un autre ? nom d’un chien, zut, diantre ! feraient aussi bien l’affaire
ah mais !!